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Assurance emprunteur : contester un refus de prise en charge après un décès, une invalidité ou un arrêt de travail

Par Maître Christophe Pastorino, avocat au Barreau de GrasseMis à jour le 9 min de lecture

L'essentiel

L'assurance emprunteur rembourse le prêt ou ses échéances en cas de décès, d'invalidité ou d'incapacité de travail. Les refus reposent souvent sur une fausse déclaration dans le questionnaire de santé, sur une exclusion ou sur la définition contractuelle de l'invalidité. L'assureur doit prouver la mauvaise foi pour obtenir la nullité (article L. 113-8 du Code des assurances) ; à défaut, la prise en charge est seulement réduite (article L. 113-9). Depuis le 1er juin 2022, aucun questionnaire de santé ne peut être exigé pour une part assurée de 200 000 € au plus, remboursée avant 60 ans. À Cagnes-sur-Mer, le litige relève du tribunal judiciaire de Grasse.

Sur cette page
  1. Que couvre l'assurance emprunteur et quand doit-elle payer ?
  2. Pour quels motifs l'assureur refuse-t-il de prendre en charge le prêt ?
  3. Questionnaire de santé : que pouvait vous demander l'assureur, et que risquez-vous ?
  4. Loi Lemoine du 28 février 2022 : qu'est-ce qui a changé ?
  5. Convention AERAS : quels droits pour les emprunteurs présentant un risque aggravé de santé ?
  6. Comment contester le refus de l'assurance de prêt ?
  7. Décès de l'emprunteur, séparation, vente du bien : les situations où l'enjeu dépasse l'assurance
  8. Questions fréquentes
  9. Textes et sources officielles

Que couvre l'assurance emprunteur et quand doit-elle payer ?

L'assurance emprunteur garantit le remboursement total ou partiel du capital restant dû, ou le paiement des échéances du prêt, lorsque survient l'un des risques définis au contrat. Les garanties habituelles sont le décès et la perte totale et irréversible d'autonomie, l'invalidité permanente, totale ou partielle, et l'incapacité temporaire de travail ; la perte d'emploi est une garantie facultative. La banque peut exiger cette assurance, mais l'emprunteur peut choisir son assureur.

Chaque garantie est définie par le contrat, et non par la Sécurité sociale : un classement en invalidité par la caisse ou une reconnaissance de handicap ne déclenche pas automatiquement la garantie. La notice fixe sa propre définition de l'invalidité et de l'incapacité, son mode d'évaluation, un délai de franchise avant toute prise en charge et, parfois, un délai de carence après la souscription. La quotité assurée par chaque co-emprunteur détermine la part des échéances prise en charge.

Pour quels motifs l'assureur refuse-t-il de prendre en charge le prêt ?

Motifs de refus en assurance emprunteur et points à vérifier
Motif opposéCe que soutient l'assureurCe qu'il faut vérifier
Fausse déclaration dans le questionnaire de santéUne pathologie, un traitement ou un arrêt de travail antérieur n'a pas été déclaré : nullité du contratLa question était-elle précise ? La mauvaise foi est-elle prouvée ? L'assureur avait-il le droit de poser la question (loi Lemoine, droit à l'oubli) ?
Exclusion de garantieLa pathologie ou l'activité à l'origine du sinistre est exclue (affections du dos, affections psychiques, sports à risque, par exemple)La clause est-elle formelle, limitée et en caractères très apparents (art. L. 113-1 et L. 112-4) ? S'applique-t-elle exactement à votre situation ?
Conditions de la garantie non rempliesLe taux d'invalidité fixé par le médecin-conseil est inférieur au seuil du contrat ; l'assuré pourrait exercer une autre activitéLe barème et la méthode prévus par la notice ont-ils été respectés ? Une expertise médicale contradictoire a-t-elle eu lieu ?
Déclaration tardive ou pièces manquantesLe sinistre a été déclaré hors délai ou le dossier médical est incompletLa déchéance est-elle prévue au contrat et l'assureur prouve-t-il un préjudice (art. L. 113-2) ?
PrescriptionPlus de deux ans se sont écoulésLe point de départ, les actes interruptifs, les mentions du contrat sur la prescription (art. L. 114-1, L. 114-2 et R. 112-1)

Le refus intervient souvent au pire moment : après un décès, alors que la banque réclame les échéances aux héritiers ou au co-emprunteur, ou pendant une longue maladie. Tant que le litige n'est pas tranché, les échéances restent dues à la banque : il faut donc traiter en parallèle la contestation du refus et la relation avec le prêteur.

Questionnaire de santé : que pouvait vous demander l'assureur, et que risquez-vous ?

Lorsque le questionnaire de santé est exigible, l'emprunteur doit y répondre exactement (article L. 113-2, 2° du Code des assurances). Une fausse déclaration intentionnelle qui modifie l'appréciation du risque entraîne la nullité du contrat, même si la pathologie dissimulée est sans lien avec le sinistre (article L. 113-8) : l'assureur ne paie rien. Si la mauvaise foi n'est pas établie, la prise en charge est seulement réduite en proportion de la prime payée par rapport à celle qui aurait été due (article L. 113-9).

La preuve pèse sur l'assureur, et elle porte sur des questions précises : la chambre mixte de la Cour de cassation juge que l'assureur ne peut se prévaloir d'une fausse déclaration intentionnelle que si elle procède des réponses apportées aux questions précises qu'il a posées (Cass. ch. mixte, 7 février 2014, n° 12-85.107). Une question vague (« êtes-vous en bonne santé ? ») ne permet pas de reprocher une réponse imprécise (article L. 112-3, alinéa 4). Ces règles sont détaillées sur la page fausse déclaration et nullité du contrat.

Les pièces médicales sont couvertes par le secret médical et sont en principe destinées au seul médecin-conseil de l'assureur. Avant de communiquer quoi que ce soit après un refus, faites-vous conseiller : la manière dont les pièces médicales sont transmises conditionne souvent la suite du litige.

Loi Lemoine du 28 février 2022 : qu'est-ce qui a changé ?

Les trois apports de la loi n° 2022-270 du 28 février 2022
MesureContenuTexte
Suppression du questionnaire de santé sous conditionsAucune information de santé ni aucun examen médical ne peut être demandé si la part assurée sur l'encours cumulé des crédits n'excède pas 200 000 € par assuré et si le remboursement s'achève avant le 60e anniversaire de l'assuré (depuis le 1er juin 2022)Art. L. 113-2-1 du Code des assurances
Résiliation à tout momentL'assuré peut résilier et remplacer son assurance de prêt à tout moment à compter de la signature de l'offre de prêt ; la banque a 10 jours ouvrés pour accepter ou refuser le nouveau contrat et ne peut facturer aucuns frais pour l'avenant (contrats en cours : depuis le 1er septembre 2022)Art. L. 113-12-2 du Code des assurances ; art. L. 313-31 du Code de la consommation
Droit à l'oubli à cinq ansAucune information médicale sur une pathologie cancéreuse ou une hépatite virale C ne peut être recueillie au-delà de cinq ans après la fin du protocole thérapeutiqueArt. L. 1141-5 du Code de la santé publique

Conséquence pratique : si l'assureur vous reproche de ne pas avoir déclaré une information qu'il n'avait pas le droit de demander, parce que votre prêt remplissait les conditions de l'article L. 113-2-1 ou que la pathologie relevait du droit à l'oubli, le moyen tiré de la fausse déclaration ne tient pas. Le seuil de 200 000 € s'apprécie par assuré et sur l'ensemble de ses crédits immobiliers assurés. Par ailleurs, l'assureur ne peut pas résilier le contrat pour aggravation du risque en cours de prêt, sauf cas définis par décret tenant à un changement de comportement volontaire de l'assuré (article L. 113-12-2).

Convention AERAS : quels droits pour les emprunteurs présentant un risque aggravé de santé ?

La convention AERAS (s'assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé) s'applique automatiquement lorsque l'état de santé de l'emprunteur ne permet pas de l'assurer aux conditions standard. Elle organise un examen de la demande à trois niveaux successifs ; le troisième niveau est ouvert lorsque le crédit à assurer ne dépasse pas 420 000 € et que l'emprunteur aura moins de 71 ans à la fin du contrat d'assurance.

  • Droit à l'oubli : selon la fiche officielle, les cancers et l'hépatite C n'ont pas à être déclarés lorsque le protocole thérapeutique est terminé depuis au moins cinq ans, sans rechute, et que le contrat d'assurance prend fin avant les 71 ans de l'emprunteur.
  • Grille de référence : pour certaines pathologies qui doivent être déclarées, la grille limite ou interdit les surprimes et les exclusions. Elle s'applique lorsque le crédit ne dépasse pas 420 000 € et que l'emprunteur aura moins de 71 ans à la fin du contrat.
  • Commission de médiation AERAS : elle peut être saisie lorsque la convention n'a pas été appliquée ; elle recherche un règlement amiable et facilite le dialogue entre votre médecin et le médecin-conseil de l'assureur.

Comment contester le refus de l'assurance de prêt ?

  1. Demander un refus écrit et motivé, avec la clause de la notice invoquée, et réunir l'offre de prêt, la notice d'assurance, le questionnaire de santé et la fiche standardisée d'information.
  2. Adresser une réclamation par lettre recommandée avec accusé de réception : elle interrompt la prescription de deux ans (articles L. 114-1 et L. 114-2 du Code des assurances). Prévenez la banque du litige et, si nécessaire, demandez un aménagement des échéances.
  3. Contester l'évaluation médicale. Le contrat prévoit en général une expertise amiable contradictoire, où vous pouvez être assisté de votre médecin. À défaut d'accord, une expertise médicale judiciaire peut être demandée en référé (article 145 du Code de procédure civile). La Médiation de l'assurance indique ne pas être compétente pour les contestations des conclusions médicales d'un expert.
  4. Assigner l'assureur pour obtenir la prise en charge des échéances ou du capital. Selon l'article R. 114-1 du Code des assurances, le tribunal compétent est celui du domicile de l'assuré : le tribunal judiciaire de Grasse pour les habitants de Cagnes-sur-Mer, Villeneuve-Loubet, Saint-Laurent-du-Var, La Colle-sur-Loup, Vence et Biot, avec avocat obligatoire au-delà de 10 000 €.

Attention au délai de deux ans

En assurance emprunteur, le point de départ de la prescription dépend de la garantie en cause (décès, invalidité, incapacité) et des circonstances. Ne comptez pas sur une interprétation favorable : adressez sans tarder une lettre recommandée réclamant la prise en charge, et faites vérifier si le contrat rappelle correctement les règles de prescription, comme l'exige l'article R. 112-1 du Code des assurances.

Décès de l'emprunteur, séparation, vente du bien : les situations où l'enjeu dépasse l'assurance

Le refus de l'assurance emprunteur a des effets sur tout le patrimoine familial. Après un décès, le conjoint survivant ou les héritiers se retrouvent débiteurs d'un prêt qu'ils pensaient soldé, et la vente du logement peut devenir inévitable. En cas de séparation, la prise en charge des échéances par l'assurance de l'un des co-emprunteurs modifie les comptes entre époux : voir bien immobilier et soulte lors du divorce.

J'examine le contrat, le questionnaire et la lettre de refus, j'organise la contestation médicale avec un médecin de recours lorsque c'est nécessaire, et je conduis la procédure contre l'assureur, en veillant à la relation avec la banque. Les modalités de facturation sont présentées sur la page honoraires ; vous pouvez exposer votre situation par le formulaire de contact.

Questions fréquentes

L'assurance de prêt peut-elle refuser de payer après un décès pour une maladie non déclarée ?

Elle peut invoquer la nullité du contrat si elle prouve une fausse déclaration intentionnelle dans le questionnaire de santé, en réponse à une question précise, qui a modifié son appréciation du risque, selon l'article L. 113-8 du Code des assurances. Si la mauvaise foi n'est pas établie, la prise en charge est seulement réduite. L'assureur ne peut rien reprocher s'il n'avait pas le droit de poser la question, en application de la loi Lemoine ou du droit à l'oubli.

Dans quels cas le questionnaire de santé est-il supprimé pour un prêt immobilier ?

Depuis le 1er juin 2022, l'article L. 113-2-1 du Code des assurances interdit à l'assureur de demander toute information de santé ou tout examen médical lorsque deux conditions sont réunies : la part assurée sur l'encours cumulé des crédits n'excède pas 200 000 euros par assuré, et l'échéance de remboursement du crédit est antérieure au soixantième anniversaire de l'assuré. Le seuil s'apprécie par assuré.

Qu'est-ce que le droit à l'oubli en assurance emprunteur ?

C'est l'interdiction pour l'assureur de recueillir des informations médicales sur une pathologie cancéreuse ou une hépatite virale C au-delà de cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, prévue par l'article L. 1141-5 du Code de la santé publique. Selon la fiche officielle sur la convention AERAS, l'emprunteur n'a alors pas à déclarer cette maladie, en l'absence de rechute, si le contrat d'assurance prend fin avant ses 71 ans.

Puis-je changer d'assurance emprunteur en cours de prêt ?

Oui. Depuis la loi du 28 février 2022, l'article L. 113-12-2 du Code des assurances permet de résilier l'assurance de prêt à tout moment à compter de la signature de l'offre de prêt, à condition de présenter un contrat de remplacement accepté par la banque. Le prêteur dispose de dix jours ouvrés pour notifier son acceptation ou son refus et ne peut facturer aucuns frais pour l'avenant.

Je suis en invalidité pour la Sécurité sociale, l'assurance de mon prêt doit-elle payer ?

Pas automatiquement. L'assurance emprunteur applique la définition de l'invalidité prévue par sa notice, avec son propre barème et son propre seuil, évalués par le médecin-conseil de l'assureur. La décision de la caisse est un élément de preuve, mais elle ne lie pas l'assureur. En cas de désaccord, vous pouvez demander une expertise médicale contradictoire, puis une expertise judiciaire devant le tribunal judiciaire, à Grasse pour un habitant de Cagnes-sur-Mer.

Textes et sources officielles

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