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Dégât des eaux : déclaration, convention IRSI et recours lorsque l'assurance refuse de payer

Par Maître Christophe Pastorino, avocat au Barreau de GrasseMis à jour le 8 min de lecture

L'essentiel

Un dégât des eaux se déclare à l'assureur dès sa découverte, dans le délai prévu au contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (article L. 113-2 du Code des assurances). En immeuble, les assureurs appliquent entre eux la convention IRSI pour les sinistres dont les dommages n'excèdent pas 5 000 € hors taxes : un assureur gestionnaire unique instruit le dossier. Lorsque l'assureur refuse sa garantie pour défaut d'entretien ou conteste l'origine de la fuite, l'assuré peut exiger une expertise contradictoire, puis saisir le tribunal ; pour un bien situé à Cagnes-sur-Mer, le tribunal judiciaire de Grasse.

Sur cette page
  1. Que faire dans les premiers jours après un dégât des eaux ?
  2. Locataire, propriétaire, copropriété : qui déclare et quel assureur intervient ?
  3. Qu'est-ce que la convention IRSI et à partir de quels montants s'applique-t-elle ?
  4. Qui paie la recherche de fuite ?
  5. L'assureur peut-il refuser de payer pour défaut d'entretien ?
  6. Dégât des eaux ou inondation : pourquoi la distinction compte-t-elle sur la Côte d'Azur ?
  7. Quels recours et quels délais en cas de désaccord avec l'assureur ?
  8. Questions fréquentes
  9. Textes et sources officielles

Que faire dans les premiers jours après un dégât des eaux ?

  1. Faire cesser la cause si vous le pouvez : couper l'arrivée d'eau, prévenir le voisin du dessus, le gardien ou le syndic. Prenez des photographies datées avant tout nettoyage.
  2. Déclarer le sinistre à votre assureur dès que vous en avez connaissance et au plus tard dans le délai fixé par votre contrat, qui ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés (article L. 113-2, 4° du Code des assurances). La déclaration se fait par téléphone, en agence ou par courrier ; la lettre recommandée avec accusé de réception laisse une preuve.
  3. Remplir un constat amiable dégât des eaux avec le voisin ou le syndic concerné. Ce document n'est pas obligatoire, mais il accélère le traitement : il décrit le lieu, les circonstances, la cause et les dommages. Si vous êtes locataire ou si le logement est en copropriété, adressez-en aussi un exemplaire au propriétaire ou au syndic.
  4. Conserver les preuves : biens endommagés, factures, devis de remise en état, échanges avec le voisin, le bailleur et le syndic.
  5. Faire rechercher la fuite lorsque l'origine n'est pas apparente, avec l'aide d'un professionnel et après en avoir informé votre assureur.

Une déclaration faite quelques jours trop tard n'entraîne pas automatiquement la perte de l'indemnité : la déchéance doit être prévue par le contrat et l'assureur doit prouver que le retard lui a causé un préjudice (article L. 113-2).

Locataire, propriétaire, copropriété : qui déclare et quel assureur intervient ?

Un dégât des eaux en immeuble met en présence plusieurs contrats. Le locataire titulaire d'un bail d'habitation a l'obligation de s'assurer contre les risques locatifs, qui comprennent le dégât des eaux. Chaque copropriétaire, occupant ou non, doit être assuré en responsabilité civile, de même que le syndicat des copropriétaires (article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965).

Qui déclare le dégât des eaux, et à qui ?
Vous êtesVous déclarez àVous prévenez aussi
LocataireVotre assureur habitation (risques locatifs ou multirisque)Le bailleur ou son gestionnaire ; le syndic si l'immeuble est en copropriété
Propriétaire occupantVotre assureur multirisque habitationLe syndic si la fuite peut venir des parties communes ou d'un autre lot
Propriétaire bailleur (non occupant)Votre assureur propriétaire non occupantVotre locataire, qui déclare de son côté à son propre assureur, et le syndic
Syndic, pour le syndicat des copropriétairesL'assureur de l'immeubleLes occupants et copropriétaires concernés

Chacun déclare à son propre assureur les dommages qu'il subit, même s'il n'est pas responsable : ce sont ensuite les assureurs qui répartissent la charge finale entre eux. Les questions de bail (réparations, travaux, loyer pendant le sinistre) sont traitées dans la rubrique logement ; celles qui touchent aux parties communes et au syndic dans la rubrique copropriété.

Qu'est-ce que la convention IRSI et à partir de quels montants s'applique-t-elle ?

La convention IRSI (indemnisation et recours des sinistres immeuble) est un accord conclu entre compagnies d'assurance pour simplifier la gestion des dégâts des eaux et des incendies dans les immeubles. Elle s'applique aux sinistres d'origine privative comme à ceux qui touchent les parties communes, lorsque les dommages matériels n'excèdent pas 5 000 € hors taxes. Elle désigne un assureur gestionnaire unique, chargé d'instruire le dossier et, le cas échéant, d'organiser l'expertise.

Traitement d'un dégât des eaux selon la convention IRSI (source : service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 22 juillet 2025)
Montant des dommagesTraitement
Moins de 1 600 € HTL'assureur gestionnaire indemnise, sans recours contre les autres assureurs
De 1 600 € à 5 000 € HTL'assureur gestionnaire fait réaliser l'expertise et indemnise ; il peut ensuite exercer un recours contre l'assureur du responsable
Plus de 5 000 € HTLa convention IRSI ne s'applique pas : chaque assureur intervient selon son contrat et les règles de responsabilité

Pour les dommages aux parties communes, l'assureur gestionnaire est celui de la copropriété. La convention ne s'applique pas aux sinistres d'origine extérieure, tels que les intempéries, les inondations et les catastrophes naturelles, qui relèvent d'autres garanties : voir catastrophe naturelle et inondation.

Une convention entre assureurs, pas un plafond à vos droits

La convention IRSI organise les relations entre assureurs. Vos droits à indemnité restent ceux de votre contrat et, à l'égard du responsable, ceux du droit commun de la responsabilité. Si l'indemnité proposée ne couvre pas vos dommages, la discussion se mène sur le terrain du contrat et, au besoin, contre le responsable et son assureur.

Qui paie la recherche de fuite ?

Lorsque l'origine du dégât des eaux n'est pas apparente, une recherche de fuite est nécessaire. Dans le cadre de la convention IRSI, si la fuite provient des parties communes, l'assureur de la copropriété prend en charge la recherche ; si elle provient d'un lot privatif, la recherche peut être engagée par l'un des assureurs concernés. Hors convention, la prise en charge dépend de votre contrat : vérifiez la garantie « recherche de fuite » et son plafond.

Les blocages viennent souvent d'un voisin qui refuse l'accès à son logement ou d'un syndic qui tarde à faire intervenir un plombier sur une colonne commune. Une mise en demeure, puis une demande d'expertise judiciaire en référé (article 145 du Code de procédure civile), permettent de faire constater l'origine de la fuite de façon contradictoire, en présence de toutes les parties et de leurs assureurs.

L'assureur peut-il refuser de payer pour défaut d'entretien ?

Les contrats excluent fréquemment les infiltrations dues à un défaut d'entretien ou à la vétusté, le manque d'entretien de la toiture, ainsi que la réparation de l'appareil ou de la canalisation à l'origine du sinistre. Ces exclusions ne sont pas pour autant toujours opposables.

  • La clause doit être valable. Une exclusion doit être formelle et limitée (article L. 113-1 du Code des assurances) et figurer en caractères très apparents (article L. 112-4). Une formule générale, qui oblige à interpréter ce qu'est un « défaut d'entretien », est contestable.
  • L'assureur doit prouver le défaut d'entretien et son lien avec le sinistre. L'affirmation d'un expert mandaté par l'assureur n'est pas une preuve incontestable : vous pouvez demander une contre-expertise, à vos frais sauf garantie « honoraires d'expert » prévue au contrat, puis une tierce expertise.
  • L'exclusion ne vise pas toujours tous les dommages. Lisez ce que la clause écarte exactement : la réparation de la canalisation ou de l'appareil défectueux est une chose, les dommages causés par l'eau aux embellissements et au mobilier en sont une autre.

Pour la méthode complète de contestation, voir la page refus d'indemnisation.

Dégât des eaux ou inondation : pourquoi la distinction compte-t-elle sur la Côte d'Azur ?

La garantie dégât des eaux vise les événements définis par le contrat, en général les fuites, ruptures, débordements et infiltrations. L'eau qui entre dans un rez-de-chaussée ou un garage après la crue d'un cours d'eau ou un ruissellement intense relève du régime des catastrophes naturelles, qui suppose un arrêté interministériel et obéit à d'autres délais. À Cagnes-sur-Mer, la base Géorisques recense le risque d'inondation par crue torrentielle, par ruissellement et par submersion marine ; les inondations du 3 octobre 2015 y ont été reconnues catastrophe naturelle, comme à Villeneuve-Loubet, Biot, Saint-Laurent-du-Var, La Colle-sur-Loup et Vence.

Après un épisode méditerranéen, un même logement peut cumuler une infiltration par la toiture, un refoulement et une entrée d'eau par la rue. La qualification retenue par l'assureur détermine la franchise, le délai de déclaration et l'application ou non de la convention IRSI : elle mérite d'être vérifiée.

Quels recours et quels délais en cas de désaccord avec l'assureur ?

L'action contre l'assureur se prescrit par deux ans à compter du sinistre ou du jour où vous en avez eu connaissance (article L. 114-1 du Code des assurances). La désignation d'un expert, une lettre recommandée avec accusé de réception réclamant le règlement de l'indemnité ou une assignation interrompent ce délai (article L. 114-2). L'action en responsabilité contre le voisin, le bailleur ou le syndicat des copropriétaires obéit à d'autres délais.

Pour un immeuble, le tribunal compétent est celui du lieu où se trouve le bien assuré (article R. 114-1 du Code des assurances) : le tribunal judiciaire de Grasse pour Cagnes-sur-Mer, Villeneuve-Loubet, Saint-Laurent-du-Var, La Colle-sur-Loup, Vence et Biot, au-delà de 10 000 € ; le tribunal de proximité ou le tribunal judiciaire en dessous. J'interviens pour les occupants, les bailleurs et les copropriétaires : analyse du contrat, assistance à l'expertise, mise en cause des responsables et de leurs assureurs dans une même procédure.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour déclarer un dégât des eaux à son assurance ?

Le sinistre doit être déclaré dès que vous en avez connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés selon l'article L. 113-2 du Code des assurances. En cas de retard, l'assureur ne peut refuser sa garantie que si le contrat prévoit cette déchéance et s'il prouve que le retard lui a causé un préjudice.

Le dégât des eaux vient de chez mon voisin : dois-je déclarer à mon assurance ou à la sienne ?

Vous déclarez les dommages que vous subissez à votre propre assureur, même si vous n'êtes pas responsable, et votre voisin déclare de son côté. Pour les sinistres dont les dommages n'excèdent pas 5 000 euros hors taxes, la convention IRSI désigne un assureur gestionnaire unique qui instruit le dossier ; les assureurs règlent ensuite entre eux la question du recours contre le responsable.

Mon assurance refuse le dégât des eaux pour défaut d'entretien, est-ce légal ?

L'exclusion pour défaut d'entretien n'est valable que si elle est formelle, limitée et rédigée en caractères très apparents, conformément aux articles L. 113-1 et L. 112-4 du Code des assurances. L'assureur doit en outre prouver le défaut d'entretien et son lien avec le sinistre. Vous pouvez demander une contre-expertise, puis une expertise judiciaire, et contester le refus devant le tribunal dans le délai de deux ans.

La convention IRSI limite-t-elle mon indemnisation à 5 000 euros ?

Non. Le seuil de 5 000 euros hors taxes détermine seulement si les assureurs appliquent entre eux la convention IRSI, qui est un accord entre compagnies d'assurance. Au-delà de ce montant, la convention ne s'applique pas et chaque assureur intervient selon son contrat. Dans tous les cas, votre indemnisation dépend des garanties et des plafonds de votre propre contrat, et de la responsabilité de l'auteur du dommage.

Mon logement de Cagnes-sur-Mer a été inondé par la rue après un orage, est-ce un dégât des eaux ?

En principe non. L'eau venue de l'extérieur à la suite d'une crue ou d'un ruissellement intense relève de la garantie des catastrophes naturelles, qui suppose la publication d'un arrêté interministériel reconnaissant la commune. Le sinistre doit alors être déclaré au plus tard trente jours après cette publication. La convention IRSI ne s'applique pas à ces sinistres d'origine extérieure.

Textes et sources officielles

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