Aller au contenu
+33 (0) 6 74 99 19 17

Ordonnance de protection : se protéger en urgence des violences conjugales

Par Maître Christophe Pastorino, avocat au Barreau de GrasseMis à jour le 8 min de lecture

L'essentiel

L'ordonnance de protection permet au juge aux affaires familiales de protéger en urgence la victime de violences commises au sein du couple ou par un ancien conjoint, partenaire ou concubin, sans plainte préalable (articles 515-9 et 515-10 du Code civil). Le juge statue dans un délai maximal de six jours à compter de la fixation de la date de l'audience. Il peut interdire tout contact, attribuer le logement à la victime et statuer sur les enfants, pour douze mois au maximum. Depuis Cagnes-sur-Mer, la requête est déposée au tribunal judiciaire de Grasse. En cas de danger immédiat, appelez le 17.

Sur cette page
  1. Danger immédiat : qui appeler ?
  2. Qui peut demander une ordonnance de protection ?
  3. Quelles preuves le juge attend-il ?
  4. Dans quel délai le juge statue-t-il ?
  5. Quelles mesures le juge peut-il ordonner ?
  6. Combien de temps dure la protection, et que risque celui qui la viole ?
  7. Où déposer la demande depuis Cagnes-sur-Mer, et faut-il un avocat ?
  8. Questions fréquentes
  9. Textes et sources officielles

Danger immédiat : qui appeler ?

Numéros d'urgence et d'écoute (source : service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 1er avril 2026)
NuméroPour quoi faire
17 ou 112Police ou gendarmerie : intervention immédiate
114Alerte par SMS, lorsque vous ne pouvez pas parler
3919Écoute, information et orientation des femmes victimes de violences
116 006Aide aux victimes
115Hébergement d'urgence
15 ou 18SAMU ou pompiers, en cas de blessure

L'ordonnance de protection n'est pas un dispositif d'intervention immédiate : elle organise votre protection dans les jours qui suivent. Si vous êtes en danger maintenant, composez le 17. Vous pourrez ensuite, avec un avocat ou une association, préparer la saisine du juge.

Qui peut demander une ordonnance de protection ?

Selon l'article 515-9 du Code civil, le juge aux affaires familiales peut délivrer en urgence une ordonnance de protection lorsque les violences exercées au sein du couple, ou par un ancien conjoint, ancien partenaire de PACS ou ancien concubin, mettent en danger la personne qui en est victime ou un ou plusieurs enfants. Le texte s'applique y compris lorsqu'il n'y a pas de cohabitation, et même lorsqu'il n'y a jamais eu de cohabitation.

Les violences peuvent être physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques. Le juge est saisi par la personne en danger, si besoin assistée, ou, avec son accord, par le ministère public. Aucune plainte pénale préalable n'est exigée (article 515-10). Une ordonnance de protection peut également être délivrée à la personne majeure menacée de mariage forcé (article 515-13).

Quelles preuves le juge attend-il ?

Le juge délivre l'ordonnance s'il estime, au vu des éléments produits et contradictoirement débattus, qu'il existe des raisons sérieuses de considérer comme vraisemblables la commission des faits de violence allégués et le danger auquel la victime ou les enfants sont exposés (article 515-11 du Code civil). Deux conditions doivent donc être établies : des violences vraisemblables, et un danger. La loi n'exige pas une preuve certaine, comme devant une juridiction pénale, mais un faisceau d'éléments concordants.

  • certificats médicaux, comptes rendus des urgences, arrêts de travail ;
  • messages, courriels, enregistrements d'appels, captures d'écran datées ;
  • attestations de proches, de voisins, de collègues, de professionnels de santé ou de l'école ;
  • plaintes et mains courantes, s'il en existe, et suites qui leur ont été données ;
  • tout élément montrant l'actualité du danger : menaces récentes, harcèlement après la séparation, présence d'armes au domicile.

Rassembler ces pièces en quelques jours et les présenter de façon ordonnée est la partie la plus déterminante du dossier. C'est sur ce travail que j'interviens en priorité.

Dans quel délai le juge statue-t-il ?

  1. Requête. Le juge est saisi par une requête remise ou adressée au greffe (formulaire cerfa n° 15458), contenant un exposé sommaire des motifs et, en annexe, les pièces (article 1136-3 du Code de procédure civile).
  2. Fixation de l'audience. Le juge rend une ordonnance fixant la date de l'audience. Cette ordonnance est signifiée au défendeur dans un délai de deux jours.
  3. Audience. Elle se tient en chambre du conseil, c'est-à-dire hors la présence du public. Le ministère public donne son avis. À la demande de la victime, les auditions ont lieu séparément (article 515-10 du Code civil). La procédure est orale.
  4. Décision. L'ordonnance de protection est délivrée dans un délai maximal de six jours à compter de la fixation de la date de l'audience (article 515-11). Elle est exécutoire à titre provisoire : elle s'applique même en cas d'appel.

Depuis le 15 juin 2024, en cas de danger grave et immédiat, le ministère public peut en outre demander, avec l'accord de la victime, une ordonnance provisoire de protection immédiate. Le juge la délivre dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa saisine, au vu des seuls éléments joints à la requête. Il peut alors interdire les contacts et la fréquentation de certains lieux, interdire la détention d'une arme, suspendre le droit de visite et d'hébergement et autoriser la dissimulation de l'adresse. Ces mesures s'appliquent jusqu'à la décision sur l'ordonnance de protection (article 515-13-1 du Code civil).

Quelles mesures le juge peut-il ordonner ?

Principales mesures de l'article 515-11 du Code civil
DomaineMesure
ContactsInterdiction de recevoir, de rencontrer ou d'entrer en relation avec la victime, les enfants ou d'autres personnes désignées, de quelque façon que ce soit (1°)
LieuxInterdiction de se rendre dans certains lieux où la victime se trouve de façon habituelle (1° bis)
ArmesInterdiction de détenir ou de porter une arme, et remise des armes à la police ou à la gendarmerie (2° et 2° bis)
LogementAttribution de la jouissance du logement au conjoint, partenaire ou concubin qui n'est pas l'auteur des violences, même s'il a bénéficié d'un hébergement d'urgence ; les frais peuvent être mis à la charge de l'auteur (3° et 4°)
EnfantsModalités d'exercice de l'autorité parentale, droit de visite et d'hébergement, contribution à l'entretien et à l'éducation (5°)
Finances du coupleContribution aux charges du mariage ou aide matérielle entre partenaires de PACS (5°)
AdresseAutorisation de dissimuler son domicile et d'élire domicile chez son avocat, auprès du procureur de la République ou d'une personne morale qualifiée (6° et 6° bis)
AnimalAttribution à la victime de la jouissance de l'animal de compagnie du foyer (3° bis)
Aide juridictionnelleAdmission provisoire à l'aide juridictionnelle (7°)

Lorsque le juge interdit à l'auteur d'entrer en contact avec la victime, la décision de ne pas ordonner que le droit de visite s'exerce dans un espace de rencontre ou en présence d'un tiers de confiance doit être spécialement motivée. Il en va de même de la décision de ne pas interdire la détention d'une arme.

Lorsque l'interdiction de contact est prononcée, le juge peut aussi interdire à l'auteur de s'approcher de la victime à moins d'une certaine distance et ordonner, avec le consentement des deux parties, le port d'un bracelet anti-rapprochement. Si l'auteur refuse, le juge en avise immédiatement le procureur de la République (article 515-11-1).

Combien de temps dure la protection, et que risque celui qui la viole ?

Les mesures sont prises pour une durée maximale de douze mois à compter de la notification de l'ordonnance. Elles peuvent être prolongées au-delà si, pendant ce délai, une demande en divorce ou en séparation de corps a été déposée, ou si le juge aux affaires familiales a été saisi d'une demande relative à l'exercice de l'autorité parentale (article 515-12 du Code civil). Le juge peut à tout moment modifier, compléter ou supprimer les mesures, à la demande d'une partie ou du ministère public.

Le fait de ne pas respecter les obligations ou interdictions fixées par une ordonnance de protection, ou par une ordonnance provisoire de protection immédiate, est un délit puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende (article 227-4-2 du Code pénal). Chaque violation doit être signalée sans attendre à la police ou à la gendarmerie.

L'ordonnance de protection peut faire l'objet d'un appel dans un délai de quinze jours suivant sa notification (article 1136-11 du Code de procédure civile). Pour les décisions rendues à Grasse, l'appel est porté devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence.

Où déposer la demande depuis Cagnes-sur-Mer, et faut-il un avocat ?

La requête est adressée au juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire territorialement compétent. Pour une personne qui réside à Cagnes-sur-Mer, Villeneuve-Loubet, Saint-Laurent-du-Var, La Colle-sur-Loup, Vence ou Biot, il s'agit du tribunal judiciaire de Grasse, 37 avenue Pierre Sémard.

L'avocat n'est pas obligatoire : les parties peuvent se défendre elles-mêmes ou se faire assister ou représenter (article 1136-6 du Code de procédure civile). Dans les faits, la brièveté des délais et l'exigence de preuve rendent son assistance précieuse : il rédige la requête, ordonne les pièces, demande précisément chacune des mesures utiles et vous évite de vous retrouver sans appui face à l'auteur des violences à l'audience. Le juge peut prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, et la victime peut élire domicile au cabinet pour que son adresse reste confidentielle.

Et après l'ordonnance ?

L'ordonnance de protection est provisoire. Elle laisse le temps d'engager les procédures de fond : divorce — pour faute, le cas échéant, voir divorce pour faute —, fixation durable de la résidence des enfants et de l'autorité parentale, plainte pénale. Si vous êtes locataire et devez quitter le logement, les violences ouvrent droit à un préavis réduit à un mois : voir la page préavis et loyers à Cagnes-sur-Mer.

Questions fréquentes

Faut-il avoir porté plainte pour obtenir une ordonnance de protection ?

Non. L'article 515-10 du Code civil précise que la délivrance de l'ordonnance de protection n'est pas conditionnée à l'existence d'une plainte pénale préalable. Le juge aux affaires familiales se prononce au vu des éléments produits devant lui : certificats médicaux, messages, attestations. Une plainte, lorsqu'elle existe, est toutefois un élément de preuve utile, et les deux démarches peuvent être menées en parallèle.

En combien de temps obtient-on une ordonnance de protection ?

Le juge aux affaires familiales statue dans un délai maximal de six jours à compter de la fixation de la date de l'audience, selon l'article 515-11 du Code civil. En cas de danger grave et immédiat, le ministère public peut en outre demander, avec l'accord de la victime, une ordonnance provisoire de protection immédiate, délivrée dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la saisine du juge.

Combien de temps dure une ordonnance de protection ?

Les mesures sont prises pour une durée maximale de douze mois à compter de la notification de l'ordonnance, selon l'article 515-12 du Code civil. Elles peuvent être prolongées au-delà si, pendant ce délai, une demande en divorce ou en séparation de corps a été déposée, ou si le juge aux affaires familiales a été saisi d'une demande relative à l'exercice de l'autorité parentale.

Puis-je rester dans le logement si je suis victime de violences conjugales ?

Oui, en principe. L'article 515-11 du Code civil prévoit que la jouissance du logement est attribuée, sauf ordonnance spécialement motivée, au conjoint, au partenaire de PACS ou au concubin qui n'est pas l'auteur des violences, même s'il a bénéficié d'un hébergement d'urgence. Le juge peut mettre les frais du logement à la charge de l'auteur des violences.

Que risque l'auteur des violences s'il ne respecte pas l'ordonnance ?

La violation des obligations ou interdictions fixées par une ordonnance de protection est un délit puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende par l'article 227-4-2 du Code pénal. Il en va de même pour l'ordonnance provisoire de protection immédiate. Toute violation — message, appel, présence devant le domicile — doit être signalée immédiatement à la police ou à la gendarmerie, en composant le 17.

Textes et sources officielles

Sur le même sujet

À lire également

Parler de votre situation à un avocat

Chaque dossier est différent : cette page donne des repères généraux et ne remplace pas une consultation. Le cabinet vous reçoit à Cagnes-sur-Mer, sur rendez-vous.

Retour : Droit de la famille

AppelerRendez-vous