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Logement indécent : critères, démarches et recours du locataire contre le bailleur

Par Maître Christophe Pastorino, avocat au Barreau de GrasseMis à jour le 9 min de lecture

L'essentiel

Le bailleur doit remettre un logement décent : sans risque manifeste pour la sécurité ou la santé, exempt de nuisibles, correctement équipé et, depuis le 1er janvier 2025, classé au moins F au diagnostic de performance énergétique (loi du 6 juillet 1989, article 6 ; décret n° 2002-120). Le locataire demande par écrit la mise en conformité ; sans accord ni réponse sous deux mois, il peut saisir le juge des contentieux de la protection — pour Cagnes-sur-Mer, dans le ressort du tribunal judiciaire de Grasse —, qui peut ordonner les travaux et réduire le loyer. Le locataire ne doit jamais cesser de payer de lui-même.

Sur cette page
  1. Qu'est-ce qu'un logement décent au sens de la loi ?
  2. Mon logement est classé F ou G au DPE : est-il encore décent ?
  3. Quelles démarches engager quand le logement n'est pas décent ?
  4. Que peut décider le juge des contentieux de la protection ?
  5. Puis-je arrêter de payer mon loyer tant que les travaux ne sont pas faits ?
  6. Humidité, infiltrations, dégât des eaux : qui est responsable ?
  7. Comment le cabinet vous accompagne
  8. Questions fréquentes
  9. Textes et sources officielles

Qu'est-ce qu'un logement décent au sens de la loi ?

L'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 oblige le bailleur à remettre un logement décent, « ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé, exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites, répondant à un niveau de performance minimal » et doté des éléments le rendant conforme à l'usage d'habitation. Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 en fixe les caractéristiques. Cette obligation vaut pour les locations vides et meublées à usage de résidence principale, pendant toute la durée du bail.

Les critères du logement décent (décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002)
CritèreCe que le texte exigeArticle
Clos et couvertGros œuvre et accès en bon état d'entretien et de solidité ; protection contre les eaux de ruissellement, les remontées d'eau et les infiltrationsArt. 2
Étanchéité à l'air et aérationPortes, fenêtres, murs et parois suffisamment étanches à l'air ; ouvertures et ventilation permettant le renouvellement de l'air et l'évacuation de l'humiditéArt. 2
Sécurité des personnesGarde-corps des fenêtres, escaliers, loggias et balcons en état ; matériaux, canalisations et revêtements sans risque manifeste pour la santéArt. 2
Électricité, gaz, chauffageRéseaux et branchements conformes aux normes de sécurité et en bon état d'usage et de fonctionnementArt. 2
ÉclairementÉclairement naturel suffisant des pièces principales, avec un ouvrant donnant à l'air libreArt. 2
ÉquipementsChauffage normal, eau potable avec pression et débit suffisants, évacuation des eaux usées, coin cuisine avec évier, w.-c. séparé de la cuisine, équipement de toilette avec eau chaude et froide, réseau électrique suffisantArt. 3
Performance énergétiqueEn métropole : classe F au minimum depuis le 1er janvier 2025, classe E au 1er janvier 2028, classe D au 1er janvier 2034Art. 3 bis
SurfaceUne pièce principale d'au moins 9 m² avec 2,20 m de hauteur sous plafond, ou un volume habitable d'au moins 20 m³Art. 4

Un logement qui fait l'objet d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité ne peut jamais être considéré comme décent (article 5 du décret). L'insalubrité et la mise en sécurité relèvent en outre d'une procédure administrative distincte, prévue par le Code de la construction et de l'habitation, qui s'ajoute aux recours du locataire contre son bailleur.

Mon logement est classé F ou G au DPE : est-il encore décent ?

La performance énergétique est un critère de décence à part entière. Le calendrier, fixé par l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 et par l'article 3 bis du décret du 30 janvier 2002, est progressif en France métropolitaine :

Calendrier de la performance énergétique minimale d'un logement décent (France métropolitaine)
PériodeNiveau minimal exigéConséquence
Du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2024Moins de 450 kWh d'énergie finale par m² et par anPremier seuil, exprimé en consommation et non en classe du DPE
Depuis le 1er janvier 2025Classes A à FUn logement classé G n'est plus décent
À compter du 1er janvier 2028Classes A à EUn logement classé F ne sera plus décent
À compter du 1er janvier 2034Classes A à DUn logement classé E ne sera plus décent

Selon la fiche officielle, ces seuils s'appliquent aux baux signés, renouvelés ou reconduits tacitement pendant chaque période. Un bail ancien reconduit tacitement après le 1er janvier 2025 est donc concerné. Le locataire d'un logement classé G peut demander la mise en conformité et, à défaut, saisir le juge, qui peut réduire le loyer.

La loi fixe toutefois deux limites. Le juge ne peut pas ordonner les travaux de performance énergétique lorsque le logement se trouve dans une copropriété et que le bailleur démontre que, malgré ses diligences auprès de l'assemblée générale et les travaux réalisés dans ses parties privatives, il n'a pas pu atteindre le niveau minimal ; ni lorsque des contraintes architecturales ou patrimoniales y font obstacle (article 20-1). Dans ces deux cas, le juge conserve le pouvoir de réduire le loyer. La question se pose souvent pour les appartements en copropriété de Cagnes-sur-Mer, où les travaux d'isolation dépendent d'un vote de l'assemblée générale : voir la rubrique copropriété.

Quelles démarches engager quand le logement n'est pas décent ?

  1. Constituez la preuve. Photographies datées, échanges avec le bailleur ou l'agence, factures de chauffage, diagnostic de performance énergétique annexé au bail, certificats médicaux le cas échéant, constat d'un commissaire de justice pour les désordres importants.
  2. Signalez le problème par écrit, puis adressez au bailleur une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception : description précise des désordres, critères de décence méconnus, travaux demandés.
  3. Attendez deux mois au plus. À défaut d'accord ou de réponse du propriétaire dans un délai de deux mois, la commission départementale de conciliation peut être saisie ; elle intervient gratuitement. Sa saisine n'est pas un préalable obligatoire : le juge peut être saisi directement (article 20-1).
  4. Saisissez le juge des contentieux de la protection si le bailleur ne fait rien.

En parallèle, vous pouvez signaler la situation aux services de l'État par la plateforme Signal Logement et vous informer auprès de l'ADIL des Alpes-Maritimes. Si vous percevez une aide au logement, la CAF ou la MSA peut faire constater la non-décence : l'allocation est alors conservée par l'organisme payeur pendant un délai maximal fixé par voie réglementaire, le temps que le bailleur réalise les travaux. Pendant ce délai, le locataire ne paie que le loyer et les charges diminués du montant de l'allocation, sans que le bailleur puisse en tirer argument pour demander la résiliation du bail (article L. 843-1 du Code de la construction et de l'habitation). L'information du bailleur par l'organisme payeur vaut demande de mise en conformité par le locataire.

Que peut décider le juge des contentieux de la protection ?

Saisi par le locataire ou par le bailleur, le juge détermine, le cas échéant, la nature des travaux à réaliser et le délai de leur exécution. Il peut réduire le montant du loyer ou suspendre son paiement, avec ou sans consignation, ainsi que la durée du bail, jusqu'à l'exécution des travaux (article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989). La demande de mise en conformité ne porte pas atteinte à la validité du bail en cours : le locataire reste dans les lieux, aux conditions du bail.

Le locataire peut en outre demander la réparation de ses préjudices — trouble de jouissance, surconsommation de chauffage, biens détériorés par l'humidité — sur le fondement de l'obligation du bailleur d'assurer la jouissance paisible du logement et d'y faire les réparations nécessaires autres que locatives (article 6 de la loi du 6 juillet 1989). Lorsque l'origine des désordres est technique et discutée, une expertise judiciaire peut être demandée au juge. Le jugement qui constate la non-décence est transmis au préfet.

Le juge compétent est celui dont dépend le logement : pour Cagnes-sur-Mer, Villeneuve-Loubet, Saint-Laurent-du-Var, La Colle-sur-Loup et Vence, l'annuaire officiel des juridictions désigne le tribunal de proximité de Cagnes-sur-Mer ; pour Biot, celui d'Antibes. Tous dépendent du tribunal judiciaire de Grasse. L'action se prescrit par trois ans (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989).

Puis-je arrêter de payer mon loyer tant que les travaux ne sont pas faits ?

Non. La fiche officielle est sans ambiguïté : le locataire ne doit en aucun cas cesser de payer tout ou partie de son loyer au motif que le propriétaire ne respecte pas ses obligations. Seul le juge peut réduire le loyer ou en suspendre le paiement, et il peut exiger que les sommes soient consignées.

Le piège de la « grève du loyer »

Le locataire qui cesse de payer s'expose à un commandement de payer visant la clause résolutoire, puis à une procédure d'expulsion dans laquelle il se retrouve en défense. Sa demande de travaux, pourtant fondée, passe au second plan. Si vous êtes déjà dans cette situation, voir la page éviter l'expulsion et obtenir des délais.

Humidité, infiltrations, dégât des eaux : qui est responsable ?

Toutes les traces d'humidité ne relèvent pas de la décence. Trois situations doivent être distinguées, car elles ne visent pas le même responsable :

  • Défaut du logement lui-même (absence de ventilation, infiltrations par la toiture ou les menuiseries, remontées d'eau) : c'est l'obligation de décence du bailleur, décrite sur cette page.
  • Sinistre ponctuel (fuite, rupture de canalisation, débordement chez un voisin) : il relève d'abord des assurances. Voir la page dégât des eaux.
  • Désordre venant des parties communes (façade, toiture-terrasse, colonnes) : le bailleur doit agir auprès du syndic de copropriété ; le locataire, lui, s'adresse à son bailleur. Voir la page litige avec le syndic.

Comment le cabinet vous accompagne

  • Qualification des désordres au regard du décret du 30 janvier 2002 et choix du bon interlocuteur : bailleur, assureur, syndic.
  • Rédaction de la mise en demeure et, si nécessaire, saisine de la commission départementale de conciliation.
  • Saisine du juge des contentieux de la protection : travaux sous délai, réduction ou consignation du loyer, indemnisation du trouble de jouissance, demande d'expertise.
  • Défense du locataire assigné en paiement qui oppose l'indécence du logement.

Le cabinet reçoit sur rendez-vous à Cagnes-sur-Mer. L'aide juridictionnelle et, parfois, la protection juridique de votre assurance habitation peuvent financer la procédure : voir la page avocat du locataire.

Questions fréquentes

Quels sont les critères d'un logement décent ?

Un logement décent ne présente pas de risque manifeste pour la sécurité physique ou la santé, est exempt de nuisibles et de parasites, respecte une performance énergétique minimale, dispose des équipements essentiels (chauffage, eau potable, évacuation, coin cuisine, sanitaires, électricité) et comporte une pièce principale d'au moins 9 m² et 2,20 m sous plafond, ou 20 m³. Ces critères résultent de l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 et du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002.

Un logement classé G au DPE peut-il encore être loué ?

Depuis le 1er janvier 2025, un logement situé en France métropolitaine doit être classé entre A et F pour être décent : un logement classé G ne répond donc plus aux critères de décence. Le seuil passera à la classe E le 1er janvier 2028, puis à la classe D le 1er janvier 2034. Le locataire peut demander la mise en conformité et, à défaut, saisir le juge, qui peut réduire le loyer.

Combien de temps le bailleur a-t-il pour répondre à une demande de mise en conformité ?

L'article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit qu'à défaut d'accord ou de réponse du propriétaire dans un délai de deux mois, la commission départementale de conciliation peut être saisie. Cette saisine n'est pas obligatoire : le locataire peut saisir directement le juge des contentieux de la protection, qui fixe la nature des travaux et leur délai d'exécution.

Le juge peut-il baisser mon loyer si le logement est indécent ?

Oui. Le juge des contentieux de la protection peut réduire le montant du loyer ou suspendre son paiement, avec ou sans consignation, jusqu'à l'exécution des travaux qu'il ordonne, en application de l'article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989. Il conserve ce pouvoir même lorsqu'il ne peut pas ordonner les travaux de performance énergétique, par exemple dans une copropriété où le bailleur justifie de ses diligences.

Que risque un locataire qui suspend seul le paiement de son loyer ?

Le locataire qui cesse de payer sans décision du juge s'expose à un commandement de payer visant la clause résolutoire, puis à une procédure de résiliation du bail et d'expulsion. L'indécence du logement ne l'autorise pas à se faire justice lui-même. Seul le juge peut réduire le loyer ou en suspendre le paiement, le cas échéant avec consignation des sommes.

Quel tribunal saisir pour un logement indécent à Cagnes-sur-Mer ?

Le litige relève du juge des contentieux de la protection dont dépend le logement. Pour un logement situé à Cagnes-sur-Mer, l'annuaire officiel des juridictions désigne le tribunal de proximité de Cagnes-sur-Mer, 100 avenue Cyrille Besset, dans le ressort du tribunal judiciaire de Grasse. Un logement situé à Biot dépend du tribunal de proximité d'Antibes.

Textes et sources officielles

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